Délégationdu Limousin

Heureux les fêlés car ils laisseront passer la lumière !

Au moment d’écrire cet article, l’évangile du dernier dimanche de janvier nous proposait la lecture des Béatitudes. Tout le monde connaît cette litanie des 8 Béatitudes qui sont l’essence même du message évangélique. Vous connaissez sans doute moins cette 9e béatitude : « Heureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière. » Elle ne figure pas dans les textes de l’Évangile. Elle a en effet été proposée par… le scénariste Michel Audiard. Au-delà de l’humour, elle me paraît pourtant pleine de sens pour nous, acteurs de solidarité. Et même pleine de sens évangélique.

Heureux les enfants !

publié en mars 2017

Qui peuvent donc bien être ces fêlés ?

Bien entendu d’abord les personnes en situation de précarité et de fragilité que nous recevons. Ces hommes et ces femmes sont en effet fêlés, cabossés par la vie. Leurs fêlures sont plus ou moins ouvertes, béantes. Elles sont d’ordre matériel, mais aussi d’ordre humain, spirituel. Ils ont besoin de nous pour retrouver espérance et dignité en étant reconnus, au-delà de leurs fêlures, comme des êtres humains à part entière. Mais nous avons, nous aussi, besoin d’eux parce que ces « fêlés », comme l’écrit Elena Lasida (Le Goût de l’autre, Albin Michel, 2011) disent l’essentiel, avec des mots simples et directs.

Et puis, ne sommes-nous pas, nous aussi, chacune et chacun de nous, un peu « fêlés » ? N’avons-nous pas nos propres faiblesses, nos propres manques ? Et, d’une certaine manière, heureusement, car si nous étions d’un seul bloc, sans faille, cela ne faciliterait pas la relation. Je cite à nouveau Elena Lasida : « Pour qu’il y ait de l’évènement, il faut de la fêlure. Pour qu’il y ait émergence du nouveau, il faut du vide. Pour qu’il y ait un “autre” possible, il faut un “même” fragile. La fragilité, ça casse. Mais sans cassure, pas de nouveauté. »

Autrement dit, c’est la fêlure qui permet que la lumière passe. Et si le projet national du Secours Catholique, ainsi que notre projet de délégation, insistent tant sur l’association avec les plus démunis, c’est bien que nous souhaitons que la lumière passe dans les deux sens entre eux et nous. C’est un projet ambitieux, il faut être un peu « fêlé », dans le sens un peu dérangé, un peu fou, pour développer cette ambition. Alors soyons effectivement un peu fous. Nous pouvons pour cela nous appuyer sur l’Évangile, comme le rappelle le projet national (fondée sur l’Évangile, la mission du Secours Catholique-Caritas France est une mission d’amour et d’éveil à la solidarité, en France et dans le monde) et sur le Christ. Il est, si je puis oser écrire cela, sans doute le plus grand « Fêlé » de l’Histoire, dans tous les sens du terme. Mais quelle Lumière !

Rémy Glantenay
Président de la délégation Limousin
Secours Catholique-Caritas France

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